Répulsion

Répulsion

***

Pris par le doute, je m’arrêta un instant. Il me serait certes possible de contourner le village, deux raisons m’apparurent. La première était que j’arriverai plus rapidement et la seconde je n’aurai pas à expliquer ma venue et ma nouvelle vie à tout les gens de mon village. Mais il était clair dans mon esprit que j’avais plus qu’envie de revoir ma famille. Peut-être même que la chamane sait déjà que je me trouve à quelques kilomètres du village. Ne pas y aller lui causerait donc une déception affreuse.

¤ Vas-y puisque tu y tiens tant. ¤

J’avais oublié que Fangh pouvait écouter chacune de mes pensées.  Il se tourna vers moi, une sorte de sourire aux lèvres. Je déploya mes ailes rapidement et décolla quelques secondes plus tard. Fangh était désormais capable de me suivre en courant. Sous sa forme de loup, il courrait avec une grâce et une rapidité sans pareil. Pendant l’entrainement de Backenda, nous avons eu l’occasion de se mesurer l’un à l’autre. Contrairement à ce que l’on pouvait penser, il courrait bien plus rapidement que moi en vol. Il nous fallut pas moins d’un quart d’heure pour parvenir à l’entrée du village. Je me posa et masqua mon apparence. Fangh, lui, prit une apparence de Teckel.

¤ C’est quoi sa ? » Lui demandais-je en ricanant

¤ Raahh … T’occupes. Au moins je passe inaperçus ¤  il n’était pas habituer à cette forme et avec ses petites pattes il ne parvenait pas à me suivre à une allure régulière. Sans trop me moquer, je lui proposa d’opter pour un chien plus grand. Il ronchonna et quelques instant d’après il choisit un retriever à mi chemin entre l’âge adulte et le chiot. Ici les renards sont chasser et me voir entrer en compagnie d’un animal considérer comme « nuisible » n’était peut-être pas la meilleurs façon de se faire bien voir. De toute manière, avec ou sans renard, je ne passais pas inaperçus au milieu de tout ces gens. Mon style vestimentaire n’était plus du tout le même. Je portais un pantacourt plutôt long à demi-bouffant et de couleur noir, au niveau du haut, je portais un marcel noir avec une bande blanche le traversant sur le côté gauche. Par-dessus je portais une veste plutôt longue de couleur noir et blanche. Une tenue designer par backenda, la jugeant à mon goût je l’avais accepté sans rien dire. Quoi qu’il en soit, je marcha au milieu du village, visiblement personne ne me reconnus. Je ressentis une vague de frustration me parcourir. Pourquoi être venu si c’est pour repartir avec de la peine. Je décida de provoquer un peu les choses et me dirigea vers la maison de mon père. Tant bien même que personne ne vint me voir, je fus content de me retrouver ici. Revoir ce village me rendais à la fois nostalgique et mélancolique. Je reconnus la maison de Kana au loin et celle de la vieille chamane se trouvant juste à côté.  Je vis à quelques mètres derrière, la forêt où tout à commencer et le même arbre où je m’étais posé, lisant le journal d’Ësmère. Journal que je ne possède plus aujourd’hui. On me l’a dérobé durant l’entrainement et comme sortir était occasionnel, je n’ai jamais su qui me l’avais prit. Je revoyais tout un tas de souvenir défiler dans ma tête. Mes longues bagarres avec mon frère ainé, mes fou-rires et mes jeux de mot ringards qui ne faisaient rire que mes amis.  J’évacua ces pensées de ma tête. Mes amis avait du tourner la page désormais. Après tout ils ont une vingtaine d’année et ont dû trouver leur voie dans le village. Une personne me tapota l’épaule, je me retourna et reconnus Eliade, une amie, fiancée à autre ami qui m’étais proche trois ans plus tôt. 

-          Wilibald ! Non ! c’est bien toi ?

J’hésita un instant. Lui dire que j’avais hérité d’un autre nom était peut être un peu déplacé. Je me contentais de l’accueillir comme elle le fit avec moi.

-          Salut Eliade ! Ehh oui, je suis de passage, j’en ai profité pour revenir un peu au village.

-          Pardon ?

-          Euh…

-          Je veux savoir…

-          Quoi ?

-          Pourquoi T’a disparus du jour au lendemain, sans rien dire ! On a tous cru que tu t’étais fais enlever et tuer quelque part !

-          Mais qu’est ce qui vous a fait croire sa ?

-          Ahh ! Alors sa c’est la meilleure ! Et les meurtres à répétition ? tu t’en souviens ? ou faut-il encore te rafraichir la mémoire ?

-          Ah oui….

-            Non mais ce n’est pas possible sa ! Tu n’as pas l’air de te rendre compte ! On a organisé ton enterrement ici ! Ton père à fait de nombreuses tentatives de suicides. Elles sont heureusement toute échouer mais il est entré dans un coma, depuis bientôt deux ans.

Je la fixa, les yeux ronds, Prisca ne m’avait pas dit que personne ne savait pour ma transformation.

-          Tu sais que…. Nell aussi a disparut. Sa c’est passer peu de temps après « la tienne ». En ce qui concerne sa famille, sa sœur s’est tuée quelques temps après. La chamane a essayée de nombreux moyen de réanimation. Mais sans succès.

Je ne ressentais aucune tristesse, et pourtant une innocente larme coula le long de ma joue, je m’en rendis compte lorsqu’elle tomba sur mes doigts ressortant de mes mitaines noirs. Je ne tenais cependant pas à m’attarder devant elle, je devais aller voir mon père. Ne l’écoutant plus je l’interrompis brusquement et lui demanda où je pouvais le trouver.

-          Il est chez lui, il se repose tranquillement dans ta chambre.

-          Merci ! je dois y aller, j’ai besoin de le voir.

-          Je t’accompagne !

-          Non !… Je veux le voir seul.

-          Très bien ! mais je t’attendrai dehors, je ne veux pas que tu réessaie de t’enfuir. Tu va présenter tes excuses à tout le monde.

Je partis en direction de ma maison, accompagner d’Eliade. Je ne peux pas lui en vouloir, ce que « j’ai » fait est impardonnable mais je ne pus m’empêcher de la trouver collante et sans intérêt.

Je n’avais pas oublié où se trouvait ma maison. Lorsque nous y arrivâmes,  je constata un laisser- aller troublant, fenêtre noircis par le temps, mur gris, plante morte et ternes, nombreuses toiles d’araignée et une montée impressionnante de la pelouse. Je sortis un poignard pour couper les grandes herbes qui montaient au mur et tuer les énormes araignées se trouvant sur les coins de la porte. Elle resta sur le seuil et j’entra dans la maison de tout mes souvenirs. Il régnait une odeur désagréable de viande pas fraiche. La poussière retombait un peu partout. Les volets à demi-clos plongeaient la pièce dans une angoissante obscurité.  Quelque chose craqua sous mon pied, j’utilisa ma vision nocturne pour voir de quoi il s’agissait. J’eus un petit mouvement de recule à la vue d’un pauvre rat que je venais de piétiner. Je m’abaissa vers lui et le vit agonisant au sol. Afin de lui abréger ses souffrances je lui planta un poignard en pleine tête. Je me releva et continua donc à avancer en direction de ma chambre. J’eus du mal à affronter cette réalité, comment mon père pouvait-il vivre dans une maison aussi lugubre et peu entretenue. Cette réalité m’attrista tant bien même qu’elle n’a jamais était un très bel abri.  J’entra dans ma chambre sans frapper. Comme je m’y attendais, elle était plongée dans l’obscurité. J’usa de ma vision nocturne pour y voir plus clair. Ma chambre était restée tel quel, bien que différente. Il n’y avait plus de livres. Plus un seul. Je ne tarda pas plus que sa à m’approcher de mon lit pour voir mon père.  Il était complètement enseveli sous les draps. Je releva donc la couette.  Un cafards en sortis aussitôt. Je l’écrasa de la main et contempla sa silhouette endormis. Je ne vis pas son visage, il était apparemment allonger sur le ventre.  Vérifiant qu’il n’y avait pas d’autres insectes, je le pris de chaque côté pour le remettre sur le dos.  A cet instant. A cet instant précis je cru que mon cœur aller s’arrêter, qu’il allait se fendre en deux. Je l’aurai presque même souhaité. Depuis combien de temps l’ont-ils laissé croupir dans cette chambre. Il était à peine reconnaissable. Sur son visage il n’y avait presque plus de peau, la chair pourrie était en train de se faire dévorer par de nombreux vers et asticots. Tout s’était arrêté autour de moi. Je resta figer un instant, je me sentais flotter. Je repris mes esprits et me dirigea en vitesse vers la fenêtre.  Je  me jeta de tout mon long pour la briser et atterris à terre en moins de deux secondes. Je ne fus pas au bout de mes peines pour autant. Eliade se tenait debout à côté de moi, les yeux d’un noir ténébreux, un horrible sourire aux lèvres.

-          Tu ne t’enfuiras pas, pas cette fois !

Je lui envoya une puissante vague de terre en pleine figure. Profitant de ce moment de répits, je me leva et commença à courir, Fangh à mes côtés.

¤ Qu’est ce qu’il se passe Fangh ? C’est pas mon village sa ! C’est impossible !¤

¤ Calme toi ! Il doit y avoir un problème quelque part... ¤

Une voix m’interpella, une voix que je connaissais tout particulièrement et qui m’inspirait la plus grande confiance. Elle murmurait, je modifia mon champs d’écoute. Ses paroles devinrent alors claires.

-          Wili ! Approche !

Je tourna la tête pour voir mon interlocutrice, et il s’agissait bien de la vieille chamane du village. Le soucie est qu’elle était loin et que Eliade ne tarderait pas à me rattraper. Je n’ai pas vraiment le choix. Sous le regard des gens de mon village, je me montra sous ma vrai apparence, déployant mes ailes, je décolla du sol aussi vite que possible. Je me posa quelques instants plus tard à côté d’une des fenêtres de la chamane. Cette dernière m’ouvrit et refermât la porte sur mon passage. Anticipant ma réaction elle posa son doigt sur ma bouche et me fit signe de me taire. Au bout de cinq bonnes minutes dans cette position, elle retira son doigt et se mit à la fenêtre du côté Est. Elle se tourna alors vers moi et me fit signe de m’assoir. Je m’exécuta donc et la regarda me servir une tasse de thé. Elle partit quelques instants dans l’autre pièce. J’en profita pour revisiter un peu la déco. Je faillis sursauter en apercevant le journal d’Ësmère sur l’étagère, cette étagère. Celle que j’avais inexplicablement choisit et qui m’avait fais lire ce fameux journal. Je détourna les yeux et les repositionna sur cette étagère. Sans surprise, il était encore là. Je le regarda plus en détail. Ces motifs, ces symboles, cette couleur, ces bords cornés…. Pas de doute, c’était bien lui. Je  reporta mon attention sur la table lorsque la chamane revint dans le salon. Elle s’installa, ouvrit un vieux livre et bu une gorgée puis elle me lança, les yeux rivés sur sa page.

-          Je suis désolée pour ton père.

Je ne répondis rien.

-          Il est mort dans l’attente de ton retour. Ton frère n’est pas revenu non plus. On ignore ce qu’il est advenu de lui. Ton pauvre père a fini ses jours seul.

-          Je regrette…

-          Tu n’y ai pour rien. Tu n’avais guère le choix. Tout comme ma petite fille.

-          Vous le saviez depuis le début ?

-          Il n’est pas difficile pour une personne de mon rang de voir ce genre de chose. La mort de ta mère en fut la première preuve …

Eliade se faisait entendre dehors, visiblement elle me cherchait toujours. La chamane regarda vers la porte et se reporta à moi mais d’un air plus empresser.

-          Tu ferai mieux de reprendre ton chemin.  Je comprends que tu ai voulus revenir mais maintenant tu dois te résigner à oublier cette vie.

-           C’est ce que je devrais faire mais Je n’en ai pas la moindre envie.

-          Si tu reste, elle te tuera, elle a atteint un niveau d’absorption du karma plutôt impressionnant.

-          Je peux le faire moi aussi. Lui dis-je

-          Je le sais bien mais pour ce genre d’être, c’est différent. Elle n’en possède pas. Elle est le produit d’une fusion entre arachnien et nécromancien. Va-t’en Wili, je m’occuperais d’elle personnellement.

-          Pas question ! Pour une fois que je peux me rendre utile !

-          Tu as une mission, ne t’en écarte pas.

 

Raaah ! J’avais presque oublié le motif de ma venue, elle avait raison, mon but est de récupérer le potentiel et de le ramener sauf. Mais mon village est en péril ! Ce monstre à tuer mon père ! J’en fais désormais une affaire personnelle ! Un bruit explosif se fit entendre juste à côté de moi, je reçu de gros bloc de pierre en pleine tête. Par chance mon bouclier corporel me protégeait de ce genre de chose. Maintenant elle avait tout d’un arachnien, mais son allure avait une petite touche de grâce. Elle sauta dans ma direction toute griffe dehors. Je l’esquiva et envoya des rafales de terre aux quatre coins de la pièce.  Elle sautait de mur en mur et esquivait chaque attaque avec rapidité. Puis sans que je compris quoi que ce soit, je me retrouva à terre.  A son contact, je ressentis une incroyable chaleur virant à la brulure. Mon bouclier se désagrégea et je me retrouva sans défense, vulnérable. Je fus comme écraser sous son poids. Je ne pouvais rien tenter. Mes poignards étaient inaccessibles.  Elle me tenait chaque membre à l’aide de six de ses bras. Fangh s’était fait assommer par les éclats du mur lors de l’entrée d’ « Eliade ». Le contacter s’avérait être impossible. Je paniqua d’avantage à la vision de la position prise par ces créatures lorsqu’elles s’apprêtent à « vider » l’être. Au début, je ne ressentis rien mais les effets  ne tardèrent pas. Alors, acceptant mon sort je tourna ma tête vers elle sur un air de défis.

Confession de Prisca Loamsdown :

Ce qui suivit ne me revint pas en mémoire. Je n’ai su ce qu’ils m’ont fait qu’après avoir réussis. Mais réussis quoi ? Je ne peux vous le dire pour le moment. Une chose est sûre ! C’est qu’il m’a fallut du temps. Oui… Quoi qu’il en soit, je me suis réveillais dans une cellule, j’étais entourée d’eau et je ne savais plus où j’étais ni ce que je faisais là. Je me souviens de la voix d’Hinarya me disant sans cesse de me calmer. Je commençais à paniquer, j’étais trop à l’étroit… je ne pensais qu’à une chose et une seule chose. Savoir qui j’étais. Je parvins tant bien que mal à briser ma cellule et perdis à nouveau connaissance.  A mon réveille, je me retrouva dans une petite pièce, mes mains ainsi que diverses parties de mon corps étaient maintenues par d’étranges câbles. Bouger m’étais impossible. Mes yeux étaient bandés par je ne sais quoi. Un bruit assourdissant surgit et quelque chose de pointue me transperça les bras.

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Dernière mise à jour de cette page le 19/09/2009

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